Prélude

Il y a un peu plus de 800 ans, Issoudun s’est trouvé à la frontière entre deux royaumes, deux familles, deux pouvoirs.
D’un côté, les Capétiens, descendants d’Hugues Capet, à la tête du royaume de France.
De l’autre, les Plantagenets, descendants de Geoffroy Plantagenet, comte du Maine et de l’Anjou. Ils vont rapidement étendre leurs possessions, jusqu’à mettre la main sur le royaume d’Angleterre.
Pendant plusieurs siècles, ces deux dynasties vont s’affronter.


 La carte de France après le mariage d'Aliénor avec Henri II

La carte de France après le mariage d'Aliénor avec Henri II

Résumé de la situation. Au XIIe siècle, le royaume de France est affaibli. Le domaine royal, guère plus grand que l’actuel bassin parisien, s’étend vers le sud jusqu’à Bourges. Des comtes puissants (comte de Bourgogne, de Blois, de Flandres, de Toulouse…) se partagent le reste du territoire. Conformément à la coutume médiévale, tous sont les vassaux du roi de France. Mais en réalité, ils sont de plus en plus indépendants et menacent l’intégrité du royaume.

Coup de théâtre. En 1152, la France subit un nouvel affront : Aliénor, duchesse d’Aquitaine, divorce du roi de France Louis VII. Elle en profite pour se remarier avec Henri II Plantagenet, duc de Normandie. Celui-ci se fait bientôt couronner roi d'Angleterre. À eux deux, ils règnent sur un immense territoire.  On ne donne pas cher du royaume de France ! Et pourtant...

 


Philippe et Richard, amis et ennemis

En 1180, dans le petit royaume de France, Philippe II, succède à son père, Louis VII. Il n’a que 15 ans, mais il est déterminé. Dès le début de son règne, iI cherche à récupérer les possessions du roi d’Angleterre sur le sol français. Habile, il attise la rivalité entre Henri II, souverain vieillissant, et son fils Richard, qui a le soutien de sa mère, Aliénor.

Il y a sans doute eu une vraie amitié entre Philippe et Richard, au moins pendant un temps. On peut aussi parler de complicité, puisque tous deux souhaitaient se débarrasser du vieil Henri. Mais cette amitié est rapidement mise à l'épreuve.  Tradition médiévale oblige, Philippe demande à Richard de lui prêter hommage pour ses fiefs du Poitou et d’Aquitaine. Ce dernier trouve des excuses, pas le temps en ce moment, over-booké.  Il diffère de semaine en semaine, pas  pressé de venir s’agenouiller devant son suzerain comme le voudrait la coutume. Philippe s’impatiente... et passe à l'attaque.

Devant Issoudun

C’est ainsi qu'Issoudun apparaît pour la première fois dans  notre histoire! Nous sommes en mai 1187.  Parti de Bourges, Philippe Auguste s’empare de Graçay, d’Issoudun et dévaste d’autres forts environnants. Alertés, Henri II et Richard (qui se sont un peu rabibochés entre temps) lèvent une grande armée et  viennent se poster à Châteauroux. Finalement ils envoient une ambassade pour négocier.

La paix est signée quelques mois plus tard à Gisors, sous l’égide du pape Grégoire VIII. En échange d’Issoudun et Graçay, Philippe renonce à toute prétention sur Châteauroux.

 

La Troisième Croisade

Départ pour la Troisième Croisade

En 1190, les deux rois, à nouveau alliés partent pour la troisième croisade. Sur le chemin, à Messines, Philippe et Richard confirment  la paix de Gisor.

Le texte de l’époque dit : « Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français. Faisons savoir à tous les hommes, présents et à venir, qu’une paix solide vient d’être établie entre nous et notre ami, notre fidèle, notre frère, Richard, illustre roi d’Angleterre, qui s’est engagé lui-même par serment à la paix dont voici les clauses ».

Le point numéro 8 affirme :  « de son côté, il nous a cédé le fief d’Issoudun et de Graçay. (…)Le tout confirmé de l’autorité de notre sceau, en gage d’une éternelle durée ».

L’éternité… ne durera pas longtemps, comme nous allons le  voir bientôt !


Des combats violents

Sur la terre de Palestine, les croisés se battent contre Saladin et reprennent Saint-Jean-d’Acre. Mais, malade, Philippe rentre à Paris, le 27 décembre 1191. Il entend s’occuper des affaires de son royaume. De son côté, l’intrépide Richard poursuit le combat au côté des  Templiers et de leur Grand Maître Robert de Sablé. Affaiblis, divisés, les Croisés renoncent devant les portes de Jérusalem.

Le 2 septembre 1192, Richard Cœur de Lion signe une paix avec Saladin.

Un mois plus tard, inquiet de la situation en Angleterre, il décide lui aussi de rentrer . 


Richard, le retour

Richard se méfie autant de ses alliés que de ses ennemis.  Alors qu’il tente de rentrer par des chemins détournés et sous une fausse identité, il est reconnu, arrêté et livré à l’empereur germanique. Il sera libéré au bout de deux ans, contre une forte rançon.
Pendant son absence, son frère, le prince Jean, avait essayé de prendre sa place. 


Mars 1194, Richard est enfin de retour à Londres. Il y reste à peine deux mois. Le 12 mai 1194, il débarque en Normandie accompagné d’Aliénor pour défendre ses possessions sur le sol français, plus que jamais menacées par Philippe.

Un épisode dramatique se joue près de Blois le 4 juillet 1194.  Richard attaque par surprises les armées françaises. C’est la débandade, Philippe Auguste échappe à la noyade et manque d’être fait prisonnier. Les Anglais s’emparent de ses chariots dont certains contiennent une partie du trésor royal et des archives.

Une nouvelle trêve est conclue le 1er août. Comme les précédentes, elle ne fera pas long feu!

Car en 1195, les deux hommes vont à nouveau se rencontrer devant Issoudun...

 

Les deux rois poussent leurs pions autour d'Issoudun

Depuis son retour, Richard s’est allié les services d’un certain Mercadier. Cet homme l’accompagne dorénavant dans toutes ses aventures. Mercadier est le chef d’une bande de routiers : des mercenaires qui se mettent au service des puissants et ne reculent pas devant l’effusion de sang, le pillage et l’incendie.

En juillet 1195, Mercadier se jette sur Issoudun.

« Il détruisit avec sa troupe un faubourg d’Issoudun en Berry, prit la place et y mit garnison pour le compte du roi d’Angleterre » comme disent les anciennes chroniques.

Aussitôt, il entreprend de renforcer les défenses de la ville. Il faut la munir d’un donjon égal en puissance à la grosse Tour de Bourges, édifiée par Philippe Auguste. 

Ce donjon, c’est la Tour Blanche. 

 

Finalement, on annule le match

En novembre 1195 la trêve expire et la guerre recommence entre les deux rois. Voilà ce qu'en dit  notre chroniqueur des temps anciens :

« Philippe assembla son armée dans le Berry, près d’Issoudun, où le roi d’Angleterre se trouvait avec son armée. Au moment où de part et d’autre on se disposait bravement au combat, tout à coup,  par un miracle de la puissance divine, qui change quand il lui plaît les conseils des rois et confonds les pensées des peuples, le roi d’Angleterre, contre l’attente générale, déposa les armes et vint dans le camp des Français avec une suite peu nombreuse. Là, en présence de tout le monde, il fit hommage au roi Philippe (…) Les deux rois jurèrent, dans le même lieu, le maintien de la paix. »

Le 14 janvier, les deux rois se retrouvent en Normandie,  pour signer un nouveau traité de paix (encore !). Le texte signé par Richard dit :

« Nous voulons vous faire connaître que telles sont les conventions de paix passées entre nous et notre seigneur Philippe, illustre roi de France, entre Issoudun et Chârost. Pour qu’il y ait une paix stable entre nous et notre seigneur Philippe, roi de France, ledit roi de France nous donne et nous abandonne à nous et nos héritiers, pour toujours, Issoudun. ».

Si ce traité était toujours valable, Issoudun serait aujourd'hui encore une ville anglaise !

Mais en réalité cette entente ne satisfait aucune des parties et les combats reprennent dès l’été, dans le Berry et en Normandie.

 

Le Lion meurt bêtement

Sur le terrain les combats sont plutôt favorables à Richard.  Mais il  ne renonce jamais à une aventure, aussi futile soit-elle. Lorsque le comte de Chalus, dans le Limousin,  découvre un trésor, il veut se l'approprier et part à l’assaut du Château. Pendant le combat, il est touché par un tir d’arbalète. Le 6 avril, il décède des suites de sa blessure.

Richard meurt des suites de sa blessure

Un chroniqueur de son temps écrit : « c’est la fourmi qui triomphe du Lion ».

Un autre poète pleurera : « Nous sommes tous plongés dans le désespoir, car les barons, les troubadours, les jongleurs ont tout perdu ».

Tout ça est sans doute exagéré, mais ça forge une légende.

 

 

Jean Sans Terre devient propriétaire (mais ça ne lui réussit pas)

Jean Sans Terre à la chasse au cerf

Avec la disparition de Richard, Jean Sans Terre obtient ce qu’il a toujours désiré : le royaume. Mais il reste ce qu’il a toujours été : violent et sans scrupule et sans morale. Il gagne rapidement la haine de tous : barons, moines, évêques, bourgeois et paysans. On l’accuse même d’avoir tué son neveu Arthur de ses propres mains, pour l'écarter du pouvoir.

On l’appelait Jean Sans Terre, il reste  dans l’histoire comme un roi sans cœur.

 

Et maintenant, une petite princesse espagnole ! 

Le 22 mai 1200, le nouveau roi Jean signe un traité de paix avec Philippe Auguste. 

Ce traité précise :

L'Union de Blanche et Louis VIII

«Jean, par la grâce de Dieu, roi d’Angleterre, seigneur d’Irlande, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Angers et de Poitiers, à tous ceux qui sont  présents, salut. Vous saurez que tel est le traité de paix conclu entre notre seigneur Philippe, illustre roi de France, et nous :

Nous garderons à Philippe et à ses héritiers la paix que le roi Richard a faite avec lui.

Nous avons donné à Louis, fils du roi de France, pour son mariage avec la fille du roi de Castille, notre nièce, le fief d’Issoudun et celui de Graçay..».

C'est ainsi qu'a lieu le mariage de Blanche de Castille

 

Blanche comme reine

« La reine blanche comme un lys qui chantait à voix de sirène »

C’est ainsi qu’elle sera évoquée par un des plus grands poètes français, François Villon, deux siècles plus tard. Pourtant son entrée en scène s’était faite sur le ton d’un murmure.

La reine Aliénor, alors âgée de 80 ans était allée la chercher en Espagne et l’avait choisie parmi ses sœurs. Par un curieux retournement de l’histoire, l’ex-reine de France choisissait donc celle qui devait lui succéder sur ce trône ! Peut-être espérait-elle secrètement réunir un jour les deux royaumes !

Le mariage de Blanche de Castille et Louis VIII

Le mariage eut lieu le 23 mai 1200 à Port-Mort, dans l’Eure, loin des fastes habituels de la cour. Ce n’était après tout que la confirmation du traité signé la veille ! Ne résistant pas au cliché, le chroniqueur de l’époque Guillaume Le Breton,  décrit Blanche lors de la cérémonie comme une princesse « resplendissante de candeur, de cœur et de parole, ainsi que son nom le signifiait. »

Tournant le dos à ses origines Plantagenêt, Blanche de Castille se montrera fidèle au royaume de France et à son mari. En 1214, lors de la bataille de Bouvines, Philippe et Louis mettent en déroute la coalition formée par Jean Sans Terre. C’est désormais Louis qu’on surnommera Le Lion !

 

Mais pas reine d'Angleterre !

Blanche lui apporte son soutien deux ans plus tard lorsqu’il part en expédition Outre-Manche.

En effet, Louis revendique l’héritage de l’Angleterre pour sa femme, réalisant peut-être ainsi le rêve secret d’Aliénor : réunir les deux royaumes. À Westminster, il reçoit l’hommage des barons mais ne se fait pas couronner. Et malgré les supplications de Blanche, Philippe Auguste rechigne à envoyer des renforts et à se mêler de l’affaire, qui tourne court.
La mort subite de Jean - d’une dysenterie suite à des excès de cidre - met un terme à l’aventure. Débarrassés de ce souverain gênant, les barons couronnent son fils sous le nom d'Henri III. Ils n'ont plus besoin de Louis, ni de Blanche, qui ne deviendra jamais reine d'Angleterre, comme l'avait peut-être rêvé Aliénor d'Aquitaine.

 

Et pour finir on montre un Saint !

À la cour, les époux font figure de couple modèle. C’est rare pour l’époque ! « Jamais reine aima autant son seigneur ni tant ses enfants aussi fort » écrira le poète Philippe Mouskes.

Avec elle, les poètes et les jongleurs que Philippe avait chassés sont à nouveau invités.

La France a récupéré la plupart des terres des Plantagenets, lorsque Philippe Auguste s’éteint, le 14 juillet 1123. Louis VIII et sa femme montent sur le trône. Ils ont 36 et 35 ans. Louis VIII combat dans le midi contre les cathares et le comte de Toulouse. Frappé par l’épidémie de dysenterie, il meurt le 8 novembre 1226. Blanche devient alors régente du royaume pendant onze ans, jusqu’à la majorité de son fils, Louis IX, le célèbre Saint-Louis, auquel elle transmettra sa piété et sa sagesse.

On lui prête une idylle avec le comte Thibault de Champagne, qui lui dédia la plupart de ses poésies. Mais rien n’indique que la reine n’ait cédé aux avances du poète. « En vous est ma mort ou ma vie » se plaignait-il  « Dame en qui est tout honneur sage, si le fin amour vous a saisie, ne me rejetez pas pour cela. »

Souvent décrite comme austère et autoritaire, la reine Blanche fait sévèrement réprimer la révolte universitaire de 1229, ce qui lui attirera de nombreuses critiques.

Nul ne sait si Blanche de Castille vint souvent à Issoudun. En 1236, elle y fit construire des halles pour le commerce.  En 1238, elle achète plusieurs maisons.

 Blanche et son fils, Saint Louis

Blanche et son fils, Saint Louis

En 1242, Blanche donne la ville à son fils Saint-Louis. Issoudun devient ville royale. Elle adopte pour blason les trois fleurs de lys, sur un fond bleu. Ce bleu, couleur longtemps méprisée mais qui prend ses lettres de noblesse au Moyen-Âge en devenant la couleur des rois et du royaume de France.

 

 

Qu'est-ce qui reste : la Tour Blanche